Terminale

Loi binomiale

LOI BINOMIALE

Terminale · Spécialité Mathématiques · Thème : Probabilités & Dénombrement


Place dans le programme et prérequis

Ce chapitre relie combinatoire, variables aléatoires et probabilités conditionnelles. Il constitue l'un des chapitres les plus rentables du bac : il tombe presque à chaque session, souvent en exercice entier, parfois sous forme de QCM.

Prérequis indispensables :

  • Coefficients binomiaux (nk)\binom{n}{k} et leur calcul (chapitre Combinatoire et dénombrement)
  • Variables aléatoires réelles : loi, espérance, variance, écart-type (chapitre Variables aléatoires et sommes)
  • Notion d'événements indépendants (chapitre Probabilités conditionnelles et arbres)

Chapitre débouchant sur : l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev et l'échantillonnage.


1. Notions clés

1.1 Épreuve de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire n'ayant que deux issues possibles :

  • une issue appelée succès, notée SS, de probabilité pp ;
  • une issue appelée échec, notée S‾\overline{S}, de probabilité 1−p1-p.

Le réel p∈[0 ;1]p \in [0\,;1] est appelé paramètre de l'épreuve.

1.2 Schéma de Bernoulli

Un schéma de Bernoulli de paramètres nn et pp est la répétition de nn épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, chacune de paramètre pp.

Trois conditions à vérifier systématiquement au bac :

  1. Chaque expérience a exactement deux issues (succès/échec).
  2. Les expériences sont indépendantes (typiquement : tirages avec remise, expériences répétées sans influence mutuelle).
  3. Les expériences sont identiques (même probabilité de succès pp à chaque répétition).

1.3 Variable aléatoire binomiale

On considère un schéma de Bernoulli de paramètres nn et pp. On appelle XX la variable aléatoire égale au nombre de succès obtenus au cours des nn épreuves.

On dit alors que XX suit la loi binomiale de paramètres nn et pp, et l'on note : X∼B(n ;p)X \sim \mathcal{B}(n\,;p)

L'ensemble des valeurs prises par XX est {0 ;1 ;2 ;… ;n}\{0\,;1\,;2\,;\ldots\,;n\}.


2. Formulaire — théorèmes et propriétés

T1 — Loi de probabilité

Soit X∼B(n ;p)X \sim \mathcal{B}(n\,;p). Pour tout entier kk tel que 0⩽k⩽n0 \leqslant k \leqslant n :

P(X=k)=(nk)×p k×(1−p)n−kP(X = k) = \binom{{\color{#EE0000}{n}}}{{\color{#00B050}{k}}} \times {\color{#0070C0}{p}}^{\,{\color{#00B050}{k}}} \times (1 - {\color{#0070C0}{p}})^{{\color{#EE0000}{n}} - {\color{#00B050}{k}}}

où (nk)\binom{{\color{#EE0000}{n}}}{{\color{#00B050}{k}}} est le coefficient binomial « n{\color{#EE0000}{n}} parmi k{\color{#00B050}{k}} », qui compte le nombre de façons d'obtenir k{\color{#00B050}{k}} succès parmi n{\color{#EE0000}{n}} épreuves.

T2 — Espérance

E(X)=n pE(X) = {\color{#EE0000}{n}}\,{\color{#0070C0}{p}}

Interprétation : en moyenne, sur un grand nombre de répétitions du schéma, on obtient environ np{\color{#EE0000}{n}}{\color{#0070C0}{p}} succès.

T3 — Variance et écart-type

V(X)=n p (1−p)V(X) = {\color{#EE0000}{n}}\,{\color{#0070C0}{p}}\,(1 - {\color{#0070C0}{p}})

σ(X)=n p (1−p)\sigma(X) = \sqrt{{\color{#EE0000}{n}}\,{\color{#0070C0}{p}}\,(1 - {\color{#0070C0}{p}})}

T4 — Événements complémentaires (formule à connaître par cœur)

P(X⩾k)=1−P(X⩽k−1)P(X \geqslant k) = 1 - P(X \leqslant k-1)

Cas particulier ultra-classique — probabilité d'obtenir au moins un succès :

P(X⩾1)=1−P(X=0)=1−(1−p)nP(X \geqslant 1) = 1 - P(X = 0) = 1 - (1 - {\color{#0070C0}{p}})^{{\color{#EE0000}{n}}}

T5 — Encadrements avec la calculatrice

P(a⩽X⩽b)=P(X⩽b)−P(X⩽a−1)P(a \leqslant X \leqslant b) = P(X \leqslant b) - P(X \leqslant a - 1)

On utilise la fonction binomFRép(n, p, k) (ou binomCDF) pour obtenir P(X⩽k)P(X \leqslant k).


3. Méthodes types au bac

M1 — Reconnaître un schéma de Bernoulli et identifier B(n ;p)\mathcal{B}(n\,;p)

Démarche systématique :

  1. Identifier l'expérience élémentaire qui est répétée.
  2. Vérifier qu'elle n'a que deux issues et définir le succès explicitement (« Le succès est l'événement : … »).
  3. Vérifier l'indépendance (souvent justifiée par « tirage avec remise » ou « expériences indépendantes »).
  4. Identifier nn (nombre de répétitions) et pp (probabilité de succès).
  5. Conclure : « XX suit la loi binomiale de paramètres n=…n = \ldots et p=…p = \ldots, ce que l'on note X∼B(n ;p)X \sim \mathcal{B}(n\,;p) ».

⚠ La définition du succès doit toujours être écrite noir sur blanc avant l'identification. C'est un point systématiquement vérifié par les correcteurs.

Où c'est tombé : Métropole juin 2022 (ex. 3), Amérique du Nord mai 2023 (ex. 2), Polynésie sept. 2023, Métropole sept. 2024, Centres Étrangers juin 2024.


M2 — Calculer P(X=k)P(X = k) (les trois lignes obligatoires)

Règle pédagogique canonique : on écrit toujours trois lignes — formule littérale, réécriture explicite de q=1−pq = 1-p, substitution numérique.

Exemple. Soit X∼B(10 ;0,3)X \sim \mathcal{B}(10\,;0{,}3). Calculer P(X=4)P(X = 4).

Ligne 1 — formule littérale : P(X=k)=(nk)×p k×qn−kP(X = {\color{#00B050}{k}}) = \binom{{\color{#EE0000}{n}}}{{\color{#00B050}{k}}} \times {\color{#0070C0}{p}}^{\,{\color{#00B050}{k}}} \times q^{{\color{#EE0000}{n}} - {\color{#00B050}{k}}}

Ligne 2 — réécriture de qq en (1−p)(1 - p) : P(X=k)=(nk)×p k×(1−p)n−kP(X = {\color{#00B050}{k}}) = \binom{{\color{#EE0000}{n}}}{{\color{#00B050}{k}}} \times {\color{#0070C0}{p}}^{\,{\color{#00B050}{k}}} \times (1 - {\color{#0070C0}{p}})^{{\color{#EE0000}{n}} - {\color{#00B050}{k}}}

Ligne 3 — substitution numérique : P(X=4)=(104)×0,3 4×(1−0,3)10−4≈0,2001P(X = {\color{#00B050}{4}}) = \binom{{\color{#EE0000}{10}}}{{\color{#00B050}{4}}} \times {\color{#0070C0}{0{,}3}}^{\,{\color{#00B050}{4}}} \times (1 - {\color{#0070C0}{0{,}3}})^{{\color{#EE0000}{10}} - {\color{#00B050}{4}}} \approx 0{,}2001

Où c'est tombé : Métropole juin 2021 (ex. 4), Antilles-Guyane sept. 2022, Métropole juin 2023, Asie juin 2024, Amérique du Sud sept. 2024.


M3 — Calculer P(X⩾k)P(X \geqslant k), P(X⩽k)P(X \leqslant k), P(a⩽X⩽b)P(a \leqslant X \leqslant b)

  • P(X⩽k)P(X \leqslant k) : directement à la calculatrice avec binomFRép(n, p, k).
  • P(X⩾k)P(X \geqslant k) : jamais de somme directe ; on passe par le complémentaire P(X⩾k)=1−P(X⩽k−1)P(X \geqslant k) = 1 - P(X \leqslant k - 1)
  • P(a⩽X⩽b)P(a \leqslant X \leqslant b) : différence de deux fonctions de répartition P(a⩽X⩽b)=P(X⩽b)−P(X⩽a−1)P(a \leqslant X \leqslant b) = P(X \leqslant b) - P(X \leqslant a - 1)

⚠ Attention à k−1k-1 et non kk dans la formule du complémentaire. Erreur la plus fréquente au bac.

Où c'est tombé : systématique dans presque toutes les sessions de 2021 à 2026.


M4 — Calculer E(X)E(X) et V(X)V(X)

Rappeler la formule littérale avant de substituer.

Exemple. X∼B(50 ;0,2)X \sim \mathcal{B}(50\,;0{,}2).

E(X)=n p=50×0,2=10E(X) = {\color{#EE0000}{n}}\,{\color{#0070C0}{p}} = {\color{#EE0000}{50}} \times {\color{#0070C0}{0{,}2}} = 10

V(X)=n p (1−p)=50×0,2×(1−0,2)=8V(X) = {\color{#EE0000}{n}}\,{\color{#0070C0}{p}}\,(1 - {\color{#0070C0}{p}}) = {\color{#EE0000}{50}} \times {\color{#0070C0}{0{,}2}} \times (1 - {\color{#0070C0}{0{,}2}}) = 8

Où c'est tombé : Métropole juin 2022, Polynésie 2023, Métropole sept. 2023, Centres Étrangers 2024.


M5 — Probabilité d'obtenir au moins un succès (question quasi systématique)

Démarche :

P(X⩾1)=1−P(X=0)=1−(1−p)nP(X \geqslant 1) = 1 - P(X = 0) = 1 - (1 - {\color{#0070C0}{p}})^{{\color{#EE0000}{n}}}

Le passage par P(X=0)P(X = 0) évite la somme sur k=1,2,…,nk = 1, 2, \ldots, n (impraticable).


M6 — Question inverse : déterminer nn pour que P(X⩾1)⩾αP(X \geqslant 1) \geqslant \alpha

Type d'énoncé : « Combien de fois faut-il répéter l'expérience pour obtenir au moins un succès avec une probabilité supérieure à 0,99 ? »

Démarche :

  1. On veut P(X⩾1)⩾0,99P(X \geqslant 1) \geqslant 0{,}99, soit 1−(1−p)n⩾0,991 - (1-p)^n \geqslant 0{,}99.
  2. On obtient (1−p)n⩽0,01(1-p)^n \leqslant 0{,}01.
  3. On applique le logarithme népérien (fonction croissante), en veillant au sens de l'inégalité car ln⁡(1−p)<0\ln(1-p) < 0 : nln⁡(1−p)⩽ln⁡(0,01)n \ln(1 - p) \leqslant \ln(0{,}01) n⩾ln⁡(0,01)ln⁡(1−p)n \geqslant \frac{\ln(0{,}01)}{\ln(1 - p)}
  4. On prend le plus petit entier nn vérifiant cette inégalité.

⚠ Le sens de l'inégalité s'inverse à l'étape 3 car ln⁡(1−p)<0\ln(1-p) < 0. Piège récurrent.

Où c'est tombé : Métropole juin 2022 (ex. 4 Q4), Polynésie 2023, Amérique du Nord 2024.


4. Analyse fréquentielle

  • Fréquence d'apparition : la loi binomiale figure dans plus de 80 % des sessions de bac spécialité maths depuis 2021.
  • Format le plus courant : exercice complet de probabilités structuré en 4 à 5 questions, souvent avec un premier arbre pondéré en préambule.
  • Format alternatif : QCM (1 ou 2 questions) demandant l'identification de B(n ;p)\mathcal{B}(n\,;p) et le calcul d'une espérance.
  • Question presque systématique : « calculer la probabilité qu'il y ait au moins un succès » (méthode M5).
  • Question intermédiaire fréquente : calcul de P(X⩽k)P(X \leqslant k) ou P(a⩽X⩽b)P(a \leqslant X \leqslant b) à la calculatrice.
  • Question finale fréquente : détermination du plus petit nn vérifiant une condition sur P(X⩾1)P(X \geqslant 1) (méthode M6, avec logarithme).
  • Combinaison classique : l'énoncé commence par un arbre pondéré (calcul de pp via la formule des probabilités totales), puis X∼B(n ;p)X \sim \mathcal{B}(n\,;p) avec ce pp-là — bien penser à réutiliser la valeur trouvée précédemment.

5. Erreurs fréquentes

  1. Confondre pp et 1−p1-p dans l'exposant (1−p)n−k(1-p)^{n-k}. Toujours écrire la ligne intermédiaire avec (1−p)(1-p) explicite.
  2. Oublier le coefficient binomial (nk)\binom{n}{k} : erreur classique quand on récite la formule trop vite.
  3. Confondre P(X⩾1)P(X \geqslant 1) et P(X=1)P(X = 1) : la première utilise le complémentaire, la seconde est un calcul direct pour k=1k=1.
  4. Utiliser la binomiale pour un tirage sans remise : dans ce cas les épreuves ne sont pas indépendantes et la loi n'est pas binomiale (c'est une loi hypergéométrique, hors programme).
  5. Confondre V(X)V(X) et σ(X)\sigma(X) : la variance n'a pas la dimension d'un nombre de succès, l'écart-type est sa racine.
  6. Erreur sur le sens d'inégalité avec le logarithme : ln⁡(1−p)<0\ln(1-p) < 0 car 1−p<11-p < 1, donc diviser par ln⁡(1−p)\ln(1-p) inverse le sens.
  7. Ne pas définir le succès au début de la question : perte de point systématique.
  8. Erreur de bornes dans P(X⩾k)=1−P(X⩽k−1)P(X \geqslant k) = 1 - P(X \leqslant k-1) : oublier le « −1-1 ».

6. Formulaire à retenir

ObjetFormule
NotationX∼B(n ;p)X \sim \mathcal{B}(n\,;p)
Support{0,1,…,n}\{0, 1, \ldots, n\}
LoiP(X=k)=(nk)pk(1−p)n−kP(X = k) = \binom{n}{k} p^k (1-p)^{n-k}
EspéranceE(X)=npE(X) = np
VarianceV(X)=np(1−p)V(X) = np(1-p)
Écart-typeσ(X)=np(1−p)\sigma(X) = \sqrt{np(1-p)}
Au moins un succèsP(X⩾1)=1−(1−p)nP(X \geqslant 1) = 1 - (1-p)^n
ComplémentaireP(X⩾k)=1−P(X⩽k−1)P(X \geqslant k) = 1 - P(X \leqslant k-1)

7. Annales à consulter sur vecteurmaths.fr

Exercices intégralement consacrés à la loi binomiale (corrections disponibles) :

Document PDF

S'entraîner avec les annales du bac : Loi binomiale

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